Samedi 14 Juillet, 11h. Chapelle St-Vincent. Le concert d’Emily Loizeau au Muséum d’Histoire Naturelle, et initialement prévu en plein air, vient d’être déplacé dans la chapelle, pour raisons météorologiques, de nouveau. J’y étais. Avec les yeux encore un peu collés, j’avoue (pas pour longtemps, vous verrez). Une centaine de personnes ont eu le privilège d’entendre les morceaux qui composeront le nouvel album de la chanteuse, à paraître le 10 septembre prochain. Le cadre est atypique, la rencontre unique et les confidences intimes.
Pour ce nouveau rendez-vous dans la programmation des Francofolies, nous avons choisi « des artistes qu’on aime, qu’on suit… », introduit Kevin Douvillez (ndlr. programmateur du festival) Emily Loizeau est passée par le Chantier des Francos, où elle y apprend, elle aussi, l’art de la scène.
Avant de commencer, elle s’adresse à son audience, lui donnant quelques clés sur ce nouvel album. C’est ce qui rendra ce spectacle encore plus intense. Elle nous dit qu’elle nous offrira quelques confidences, qu’il ne faudra d’ailleurs dévoiler à personne : « ça reste entre nous ». Difficile pour moi de partager cet instant avec vous donc. Les quelques privilégiés qui y étaient comprendront et si vous n’y étiez pas, j’espère que ces quelques mot vous donneront envie d’y courir (au Café de La Danse, en octobre, par exemple).
Elle nous dit avoir le trac alors elle nous imaginera en « chouettes et sangliers », cadre épique dans lequel a été enregistré l’album « Mothers & Tygers » : chez elle, entourée de montagnes, en Ardèche. Dès le premier morceau : « Parce que mon rire a la couleur du vent », l’acoustique du lieu et l’interprétation d’Emily prêtent aux frissons et oui, je frissonne. Une chanson écrite pour sa fille et inspirée d’un rêve où celle-ci fait face à la mort. Un titre qui donne le thème de cet album dans lequel il est question de filiation, de l’enfance, des relations humaines, de souvenirs, de rêves… Un album inspiré aussi des textes de William Blake (ndlr. peintre et poète anglais du 18ème siècle) qu’elle met en musique, qu’elle adapte parfois aussi en français, comme « Tyger », sublime hommage à son amie et chanteuse Lhasa de Sela. « Garden of love » évoque, lui, des lieux qui nous sont chers, qui changent ou disparaissent au cours de notre vie… Le piano s’y fait mélancolique et les arrangements celtiques. « This train, » imaginé d’après un livre de David Foenkinos : « Les Souvenirs », nous embarquera au rythme de la fugue d’une grand-mère – un peu rock’n'roll – fuyant sa maison de retraite.
Elle reprend le sujet des massacres syriens traité dans un film de sa sœur : Manon Loizeau et qu’elle eu du mal à digérer. C’est en lisant des textes résistants de Aimé Césaire et de Agostinho Neto que lui viendront les paroles de « Vole le chagrin des oiseaux ». On y entend cette phrase « mon poème n’a pas de mots », comme désarmée, presque sans voix face à cette violence. Elle quittera son piano pour les percussions sur « Parmi les cailloux », écrite et composée par vidéos interposées avec la batteuse Tatiana Mladenovitch (du groupe Fiodor Dream Dog) A la fin du morceau, une jeune femme, tout aussi touchée que moi, criera son enthousiasme d’un « bravo » spontané. Touchée, on l’est aussi sur « No Guilt No More » venu d’une discussion avec son Grand-Père, 97 ans et vivant dans le sud de l’Angleterre. Rappelons-le, Emily est franco-anglaise du côté de sa mère. Dans « Two enveloppes », elle y met encore les mots de ce Grand-Père, en musique. Des émotions renforcées par une force mélodique (violon, banjo, contrebasse, batterie, piano…) qui s’avère bien souvent entêtante. Elle nous raconte sa complicité maternelle vécue avec Camille sur « Marry Gus and Celia » (en duo sur l’album) où le public l’accompagnera de quelques « talala » chuchotés. L’audience est attentive et moi je me laisse encore parcourir de frissons sans broncher. Et puis, ce titre « coup de cœur » (dans tous les sens du terme…) : « I had it all », sur les relations mère-fille et de ce moment où « l’on n’est plus seulement la fille de notre mère mais où l’on devient la mère de notre fille ». Le jeu de piano s’y fait subtil et les cymbales un peu décalées, évoquant la douce folie de ce lien. Simplement beau.
Le public se lève. On en redemande, le temps est passé un peu vite… Elle remercie ses musiciens, ses techniciens pour cette soirée. Il est midi mais peu importe, les « Folies Matinales » auront désormais ce pouvoir de vous faire perdre toute notion du temps, que vous soyez entourés d’animaux empaillés, dans un jardin aux arbres centenaires ou dans une chapelle forteresse d’histoires passées… On sait alors que l’on vient de vivre un moment privilégié et l’on se sent surtout bien veinard de pouvoir dire, j’y étais…
En attendant la sortie de l’album… découvrez la bande-annonce :
Et pour (re)découvrir Emily Loizeau , c’est par là : facebook.com/emilyloizeau/app_360613147343595


Une superbe concert malgré le changement de lieu pour cause de météo. Emily Loizeau , déjà un grand nom, et surement une artiste qui restera dans les anales!
Merci Louise pour ce reportage très complet sur une prestation d’Emily qui laisse des traces dans l’âme des spectateurs.
On sort de la salle avec une seule envie : y retourner pour en reprendre encore et encore.
Je suis fan mais là, je suis scotché.
Merci aux Francos car après la matinale de Camille (hélas je l’ai loupée), de Moriarty (un très grand moment aussi dans un autre contexte), celle d’Emily a terminé en apothéose nos 3 jours aux Francos 2012.