Par Sabine, du blog Rock’n'fool, actuellement en carte blanche et en direct du festival !
Rover. C’est le nom qui est sur toutes les lèvres. En l’espace d’une année l’homme a pris une toute autre dimension. Artiste du chantier l’an dernier, il était hier sur la scène du Grand Théâtre pour la soirée spéciale Crouners. Il se produisait avec Tété, Alexis HK, Thomas Dutronc et Anis. Parmi tous ces noms lui, c’était le petit nouveau de la scène française. En dépit de ce statut, il est celui qui a tiré le mieux son épingle du jeu. Son élégance naturelle, son aisance vocale, sa voix qui tutoie les notes très aigües et les tons les plus graves a bluffé une nouvelle fois l’auditoire. A bien des égards, Timothée Reignier n’est pas un novice en la matière. Il a en effet déjà bien roulé sa bosse avant de publier son premier album en septembre 2011. Un groupe punk qu’il a dû quitter après s’être fait expulser du Liban, pour des raisons de papiers pas en règle. Il est surtout un ancien camarade de lycée des Strokes. New York ado, puis Beyrouth et enfin la Bretagne. C’est dans la région que le garçon échoue après son expulsion. Il se réfugie alors dans la musique, et le songwriting. C’est là qu’il composera ses pépites musicales emplies de douce mélancolie. Son inspiration, il la puise dans diverses influences : les Beatles, les Beach Boys, Gainsbourg. Des grands noms de la musique. Son album ne transpire pas la bonne humeur, c’est plutôt dans un écrin de tristesse qu’il est livré. Mais, comme le dit si bien Alfred Musset « les chants les plus désespérés sont les plus beaux ». A l’écoute de son premier album, on passe par un millier d’émotion. On retrouve un peu de Radiohead sur Silver ou Aquaplast. Un peu de Bowie sur Remember. Mais laissons l’album de côté, c’est véritablement sur scène que l’univers du garçon se déploie véritablement. Un dandy à l’élégance anglaise et au charme parisien à découvrir très rapidement si ce n’est pas déjà fait.
Isolé au fin fond de la Bretagne, il s’est converti au songwriting pour laisser murir plus d’une décennie, ce recueil de pépites mélancoliques. Une tristesse folle et toxique nous injecte une douce sensation de bien être lacrymal, une beauté à sourire. Aussi vaste qu’un radiohead (« silver »), aussi troublant qu’un Divine comedy solennel (« lou »), une dimension rock torturée comme The Dears, je n’ai pas vécu de telles émotions depuis Sébastien Schuller et son « Happiness », la même hauteur, la même douleur.
