Mercredi 11 juillet, 18h30. Nous avions rendez-vous (moi et les Francos Reporters) avec Arthur H, déjà sur place, dans le bus des Francos. Garé face à la mer, Arthur est en train de prendre quelques photos avec son téléphone. Il se produira ce soir sur la Grande Scène et partagera une chanson (découvrez laquelle dans cet article) avec Zaza Fournier lors de la création « Cette année-là – 1968″, au Grand Théâtre.Francos Reporters : Généralement, votre musique vous la recommandez pour quelle occasion ?
Arthur H : Je pense que la musique peut vivre dans toute sorte d’occasion différente. Par exemple, on m’a dit deux trois fois qu’on avait écouté ma musique dans des crématorium pendant que les gens se faisaient incinérer parce que c’était le dernier souhait de la personne. C’est très touchant. En général, je n’écris pas des morceaux en pensant que mes chansons vont passer dans ce genre de cérémonie. Et aussi, dans ma courte vie de musicien, j’ai souvent des témoignages de chansons qui arrivent vraiment au bout du monde. Je me rappelle d’une femme qui était partie vivre en Australie chez les aborigènes, dans un tout petit village, et elle avait amener ma musique. Elle leur traduisait les paroles, c’est dingue, j’aurais jamais pensé à ça ! La musique peut vraiment arriver dans des endroit incongrus et inattendus ! Une fois aussi, j’ai une amie de ma mère d’origine vietnamienne qui travaillait dans un camp de réfugiés de boat people (réfugié qui fuit son pays sur une embarcation de fortune ndlr.) Elle marche dans la rue et soudain elle entend une musique familière et c’était une cassette que quelqu’un avait donné et les gens ne savaient pas ce que c’était… Donc, la musique arrive partout, fatalement !
Louise : Tu fais référence à ce côté, sans frontière dans la musique. Tu as commencé en faisant des tournées en Afrique, tu es passé au Japon aussi. Comment communique-t-on dans ces cas là avec un public qui ne connaît pas la langue dans laquelle tu chantes ?
Au Japon, on faisait des choses très visuelles, assez marrantes et surprenantes. Les gens captaient tout de suite. On faisait aussi venir des traductrices japonaises qui étaient absolument terrorisées de monter sur scène. Du coup, on en profitait pour les torturer psychiquement et évidemment le public adorait ça ! On avait aussi des grandes feuilles de papier avec les traductions des chansons écrites en japonais. Il fallait trouver des petites astuces comme ça. En général, je traduis aussi les paroles en anglais parce qu’il y a toujours des gens qui parlent en anglais.
Francos Reporters : Sur scène, vous recréez un univers, une mise en scène. Comment tout cela est-il imaginé ?
Depuis que j’ai commencé la musique, je l’imagine de façon très cinématographique. J’aime bien avoir un décors et mélanger une image et le son. C’est ce qui ma poussé à faire de la musique au départ… Il y a quelques moments comme ça dans un spectacle où il y a une rencontre d’une image et d’une chanson, d’un mot et ça crée littéralement un univers parallèle. On perd un peu ses repères… Aussi, on sort du concert normatif, traditionnel, banal. Avec mon ami Brad, on a vraiment monté des spectacles mais finalement ça coutait trop cher, c’était très ambitieux. Il y a avait beaucoup de surprises visuelles, de profondeur de champ, presque pour chaque chanson mais à l’époque j’avais du mal à chercher les gens, physiquement. Du coup, ça devenait un tableau un peu esthétique. Après, tout simplement, j’ai changé de tourneur et il n’y avait plus d’argent pour faire des spectacles aussi théâtral. Ensuite, je me suis replié sur le concert et puis là il y a un vrai décors. L’idée que j’ai suggéré pour cette tournée, c’est une sorte de théâtre abandonné où on entre par effraction pour faire un concert illégal, du moins donner cette impression là. Après, c’est Cyril et Dimitri à l’éclairage et à la mise en scène qui ont fait tout le boulot !
Louise : Tu partages beaucoup sur scène ou même sur tes albums avec d’autres artistes, de tous horizons. Tu rends aussi quelques hommages, je pense à Lhasa ou encore, Tom Waits. Tu joueras un titre avec Zaza Fournier demain soir. C’est important pour toi c’est échange, qu’il soit artistique ou même spirituel, avec d’autres artistes ? Comment se font ses rencontres ?
Oui, c’est très important ! Il y a beaucoup de choses qu’on me propose aussi. Par exemple, cette année, on m’a proposé de reprendre la version de « L’homme à la tête de choux » après Bashung qu’il n’a malheureusement pas pu faire sur scène… On a repris « Rain Dogs », de Tom Waits avec un groupe anglais et j’ai créé aussi un spectacle sur la poésie antillaise avec Aimé Césaire, Edouard Glissant, etc. Ça pour moi, ce sont des moyens de se frotter aux grands artistes parce que je trouve que fréquenter des artistes de cette taille là, c’est toujours très enrichissant. Ça ouvre des portes, ça ouvre des fenêtres, ça ouvre des caves, des placards, des labyrinthes… ! Ça m’apprend, beaucoup et je prends beaucoup de plaisir à chanter du Gainsbourg, par exemple. C’est comme si tu rentrais à l’intérieur du disque et que tu pouvais tout déplacer, tout toucher, ressentir les choses. Il n’y a plus du tout cette dimension de théâtre unidimensionnel. Après, il y a l’espoir que ça me fasse avancer, que ça m’apprenne des choses !
Louise : Demain, avec Zaza Fournier, tu reprendras quelle chanson ?
C’est elle qui m’a proposé cette chanson et elle est extrêmement agréable à chanter. Les chansons de Gainsbourg quand tu commences à les chanter, tu n’as plus envie de t’arrêter ! Tu peux faire ça pendant deux heures ! Ce sont des chansons écrites à l’ancienne. Il y a une espèce de fluidité de l’écriture, fluidité harmonique. La respiration, la bonne durée, il n’y a pas d’efforts à faire pour chanter… on ne sait plus écrire des chansons comme ça aujourd’hui…
Louise : Une folie à faire aux Francos ?
Installer une énorme voile sur la scène Saint Jean d’Acre pour que pendant le concert, sans que les gens s’en rendent compte, toute la scène dérive vers la mer… à la fin du concert, on se trouve en pleine mer ! Pour ceux qui savent nager, ça sera une bonne expérience, pour ceux qui ne savent pas, ça sera une mort absolument magnifique ! (rires)
Francos Reporters : Sur du Arthur H ?
Bien sûr !
Propos recueillis par Sarah, Quentin et Louise. Photo : Thomas.
