11h. En ce moment même, Dominique A inaugure « Les Folies Matinales », au Muséum d’Histoire Naturelle. Il y réinterprète son premier disque « La Fossette ». Hier, je l’ai rencontré pour parler de son rapport avec le festival, son dernier album, son premier aussi bien sûr… Un artiste que vous retrouverez aussi, ce soir, à La Coursive avec Daniel Darc et Mansfield.TYA.
Louise : 20 ans de carrière et plusieurs passages aux Francofolies, qu’est-ce ça représente pour toi ce festival ?
Dominique A : Pas mal de choses en fait ! Ce sont des moments assez distincts pour moi à chaque fois… J’ai une mémoire relativement vive par rapport au nombre de concerts que je fais et au nombre qui passent à la trappe. Aux Francofolies, je crois avoir un souvenir précis pour chaque passage. J’ai un souvenir assez ému lié à mon premier passage, en 93, en duo à la Salle Bleue. J’avais passé deux trois-jours à la Rochelle. Pour moi, c’était mon premier gros festival. J’étais complètement inconscient des enjeux, je trouvais juste ça cool d’être là ! (rires) C’était assez drôle parce que j’avais un copain à La Rochelle qui était le petit ami de la fille de Maxime Bono. J’avais dormi chez lui deux jours… et il n’était pas encore Maire de La Rochelle. J’ai des souvenir assez marrants aussi, de soirées… on avait désamarré un bateau qui avait buté dans le Cargo du Royal de Luxe. Des années après, un taxi m’en a parlé et il m’a dit : « ah oui, vous êtes venu l’année où il y avait eu un bateau qui avait été désamarré ! » Je n’étais pas le seul fautif mais je faisais parti de la bande. J’ai des souvenirs de concerts plus ou moins glorieux, comme celui avec Brigitte Fontaine on nous n’avions pas très bien joués… Après, je me suis produit sur la Grande Scène mais je ne suis pas très accoutumé aux grosses scènes… Le fait de revenir à La Coursive, c’est bien. Ça me convient bien de jouer en salle, surtout pour le genre de concert que l’on donne. Je ne suis pas une bête de festival, de plein air en tout cas… Je suis un peu à part.
Tu inaugures « Les Folies Matinales », nouveauté dans la programmation du festival, que penses-tu de ce concept ?
Je trouve toujours bien de faire des évènements en périphérie de festival, qui en font partie, mais qui en même temps sortent des sentiers battus. La semaine dernière, on a joué à Beauregard (en Normandie) et c’est vrai ça fait deux fois qu’on inaugure ces formules là qui sont des formules légères, des formats de concerts assez courts. Ça fait sortir le festival de ses murs en quelque sorte. C’est un plus, un enrichissement. Pour des gens qui viennent fréquemment en festival, c’est une façon aussi de régénérer l’envie. Par rapport aux professionnels, c’est bien aussi de les emmener un petit peu ailleurs. Je suis très partant et surtout content d’apprendre qu’on ouvre le festival ! On va essayer de bien l’ouvrir…
Tu vas reprendre ton premier album : « La Fossette », pourquoi lui redonner vie 20 ans après et qu’est-ce qu’il représente aujourd’hui ?
Ça représente une chance un peu inespérée au moment où elle m’a été donnée. C’est un disque qui est pour moi primordial dans mon parcours. Pour moi, ce n’est pas un coup d’essai. C’était vraiment une façon d’arriver avec quelque chose d’assez précis dans le propos. Je le réactive parce qu’on en a parlé et parce qu’il représente aussi quelque chose pour les gens. C’est le fait de sentir un intérêt autour du projet qui le justifie. Je dirais que c’était, aussi et surtout, une porte d’entrée pour mettre les disques en avant. Après, au niveau de la recréation, les écoutes que l’on en a, c’est plutôt réussi. On a aussi voulu faire quelque chose qui soit assez tenu par rapport au projet initial, qui était pour moi de ne pas dénaturer l’esprit de l’album qui est très minimal mais, avec une instrumentation différente, pour même accentuer ce côté minimal.
Cette idée de ne pas le dénaturer tombe plutôt bien dans un Muséum d’Histoire Naturelle…
(rires) Oui ! Le disque est moins vieux que les bêtes qui sont à l’étage… L’idée de taxidermie est là c’est vrai… mais on essaye de faire bouger la bête ! (rires)
Parallèlement à cela est sorti l’album « Vers les lueurs ». 20 ans après, comment on fait pour être toujours aussi inspiré ?
C’est de l’insatisfaction. Si j’avais la sensation d’avoir gravi une montagne ou d’être au sommet, j’aurais peut-être envie de descendre calmement mais là je ne suis pas au sommet donc je grimpe ! C’est une construction… Pour moi, l’intérêt il est justement et plus que jamais de bâtir quelque chose ! C’est marrant parce que dans ma vie personnelle, j’ai une vie a-priori assez stable, je suis un peu en retrait par rapport à l’idée même de construction, j’ai des craintes, autant pour ma vie artistique, c’est primordial ! Les disques par rapport aux uns et aux autres, les chansons par rapport aux unes et aux autres, c’est l’idée de construire une sorte d’auto-portrait musical le plus ouvert possible et pour cela, il faut multiplier les expériences, les disques, rencontres avec les musiciens… C’est du work in progress permanent, ce n’est pas arrêté !
Sur ce disque, il y a un thème récurrent : la lumière. Pourquoi ?
Sincèrement, je ne sais pas… C’est venu comme ça, c’est lié au fait que j’ai peut être voulu en rajouter trois couches, en rajouter du fait que j’ai voulu revendiquer une forme d’ouverture. C’était lié aussi au fait de vouloir accentuer le côté visuel de la musique… ça ne veut pas dire grand chose mais en tout cas d’être plus volontariste dans la suggestion des images. Pour en parler, ça se fait forcément à travers la lumière donc le thème s’est peut-être imposé… Je m’en tiens à des intuitions et des envies mais l’intention ne doit pas être trop marquée. En le présentant, j’appelle le disque « Vers les Lueurs » parce qu’il y a tellement de chansons qui font référence à la lumière que je ne peux pas le passer sous silence ! Avant de le faire, je ne me suis pas dit, tiens je vais parler de la lumière…
Tu as également sorti un bouquin récemment : « Y revenir » ?
Oui, c’est un livre autobiographique, sorte de reportage in situ sur les lieux d’enfance. La première partie c’est le rapport au lieu, la ville d’enfance : Provins, en Seine et Marne, une ville de médiévale, à la limite de l’île de France mais, vraiment au milieu des champs. Une ville où j’ai vécu 15 ans avec mes parents et par rapport à laquelle j’ai gardé un rapport assez trouble, un peu mitigé mais pour autant elle a modelé mon caractère. J’avais envie d’écrire un texte, avant d’écrire un bouquin, sur les lieux d’enfance surtout dans la façon dont le caractère du lieu modèle intimement la personnalité. Comme il y avait un rapport un peu obsessif avec ce lieu là. Il y a eu des retours successifs au fil des années et il y avait surtout l’idée d’un retour motivé par une rencontre littéraire ou je faisais de la musique. C’est cette invitation lancée par les représentants de la ville qui a fait le déclic. C’était une façon pour moi de me livrer à ses petits reportages dans la dernière partie du bouquin. La confrontation entre le ressenti d’hier et le ressenti d’aujourd’hui !
Justement, si t’avais un livre à nous conseiller pour cet été (si jamais il arrive…) ?
« L’homme qui aimait les îles », petit livre, de D.H Lawrence qui a écrit « L’Amant de Lady Chaterley ». C’est un grand conteur qui a écrit plein de romans et de nouvelles. C’est une sorte de fable sur un type qui achète des iles successivement. Il va être dans trois iles et sera confronté à la société, à l’envie de solitude… c’est une façon de parler de l’homme dans un environnement clôt et isolé et c’est un super bouquin ! Les gens à qui je l’ai conseillé et qui l’ont lu m’ont tous remercié…
Une folie à faire aux Francos ?
Se coucher tôt ! (rires)
Plus d’infos : http://www.francofolies.fr/festival/programmation/artistes-2.html?art_id=316

