Francos
Reporters : Bonjour Michel Troadec, alors tout d’abord, j’aimerais que tu te présentes en deux trois mots.
Michel Troadec : Michel Troadec, breton. Je suis journaliste dans un journal de l’ouest, Ouest France, situé à Rennes.
Francos Reporters : Depuis combien de temps exerces-tu le métier de journaliste ?
Michel Troadec : Ça fait maintenant une vingtaine d’années.
Francos Reporters : Tu es rentré dans ce journal par quels moyens ?
Michel Troadec : Je suis rentré parce que j’ai d’abord fait des CDD et puis par la suite ils m’ont proposé de passer des entretiens pour m’embaucher. Je suis allé dans différentes rédactions, d’abord en Vendée, puis à Lorient, et à Rennes en local. Aujourd’hui je travaille au siège et je m’occupe surtout de culture.
Francos Reporters : Tu as donc beaucoup évolué dans ta carrière journalistique ?
Michel Troadec : Oui, c’est bien d’ailleurs, parce que dans le journalisme, l’intérêt c’est d’évoluer.
Francos Reporters : Tu as fait quelles sortes d’études pour déboucher sur le métier de journaliste ?
Michel Troadec : Des études universitaires, j’ai une maîtrise en communication et puis j’ai fait des piges, et très vite des piges pour Ouest France.
Francos Reporters : Quel est le lien entre le journalisme et les Francofolies, qu’apportes-tu aux Francofolies ?
Michel Troadec : Les Francofolies m’ont justement demandé d’intervenir en tant que journaliste, notamment pour travailler avec les artistes sur l’interview. Justement dans une carrière d’artiste, on chante, on est sur scène, mais une petite partie du métier d’artiste, c’est répondre aux sollicitations des médias et puis je crois qu’il faut être assez bon pour qu’il puisse y avoir des retours. Donc la technique de l’interview fait partie du travail des intervenants du chantier.
Francos Reporters : Tu ne travailles donc pas en tant que journaliste mais en tant que coach journalistique ?
Michel Troadec : Pour moi, c’est la même chose parce qu’une partie de mon métier c’est d’interviewer des artistes puisque je travaille sur la culture. Une de mes passions c’est la musique, notamment la chanson française. Déjà avant d’être journaliste, j’étais festivalier aux Francofolies, je connaissais bien le festival et donc j’interviewais des artistes très régulièrement. Au fina,l c’est une partie de mon métier.
Francos Reporters : Donc tu les interviews et tu les aides à répondre aux interviews ?
Michel Troadec : L’idée, comme je suis de l’autre côté de la barrière, c’est de voir comment ils réagissent et leur donner des conseils, parce que je fais beaucoup d’interviews, j’en ai fait beaucoup, je sais un peu comment ça se passe, ce qui m’intéresse dans les réponses, ce qu’un journaliste peut chercher dans les réponses d’un artiste, ce qui l’intéresse, du coup c’est là dessus que je vais travailler avec eux, pour leur faire comprendre par exemple ce qu’est une interview. Une interview sera souvent la même, surtout lorsque qu’on est un groupe en développement, comme aux Francofolies. Il y aura une colonne vertébrale pour les interviews qui sera identique pour tout le monde. Il y aura donc des gens à l’aise, d’autres plus timides, d’autres qui n’auront pas forcément écouté leur musique, etc. Pour autant, il faut réussir à faire semblant d’être intéressé par l’interview, même si c’est le troisième de la journée, même si il n’est pas forcément intéressant et qu’il est dur de donner des éléments de réponse au journaliste pour qu’il puisse faire un article.
Francos Reporters : Alors tu leur apprends à feindre l’intérêt ?
Michel Troadec : Non, ça c’est seulement une petite partie de ce que je leur apprends, ce que je veux dire, c’est que quand les artistes font 5-6 fois la même interview, ils peuvent être lassés et ce que je leur dis, c’est que ça fait partie du métier.
Francos Reporters : Et à part ça, tu leur donnes quoi d’autres comme conseils ? Comment faire pour qu’ils se démarquent des autres artistes ?
Michel Troadec : Ils n’ont pas à se démarquer, ils ont tout simplement à expliquer au journaliste ce qu’ils font et pourquoi ce qu’ils font est intéressant. Ils ont des éléments d’information à donner au journaliste. S’ils répondent de façon un peu lâche comme je disais tout à l’heure, le journaliste n’a rien à se mettre sous la dent. Il va faire un article banal et rien ne va accrocher, donc je leur dis qu’il faut plutôt donner des éléments d’information qui puissent permettre de faire un article intéressant. Il faudrait que je donne des exemples concrets. Tu vois à la dernière session des Francofolies, il y avait Cléa Vincent qui n’avait fait aucune interview. Je lui ai donné quelques trucs. Parler des éléments de sa carrière, ça intéresse les journalistes. Ce que j’ai essayé de trouver dans ce qu’elle disait, c’est ce qui ne faut pas oublier de dire, parce que ça, de mon point de vue personnel, c’est intéressant. Après il y a un groupe qui s’appelle Babel qui a fait énormément d’interviews, qui répond bien, etc. Donc là, on était plus dans des choses à affiner. C’est un groupe qui répond, dans cette carrière qui est déjà longue, qu’est-ce qu’on peut retenir, qu’est-ce qu’il faut mettre en avant dans ce cas là. Et après on a un autre groupe, We Were Ever Green, qui eux font leur carrière en Angleterre, ils vivent à Londres, donc là, voilà déjà un élément d’information qui peut intéresser les médias français, donc on peut insister dessus. Ils sont trois, deux garçons et une fille, donc forcément, il y a des médias qui vont s’intéresser à qui est en couple ou pas. Ce sont des questions qu’il faut avoir vu, car il ne faut pas qu’il y ait de malaise dans la réponse. Afin qu’ils sachent exactement ce qu’ils ont à dire, qu’ils ne disent pas quelque chose dans une première interview et autre chose dans une deuxième interview, il faut être cohérent dans une interview, quand il vont avoir 5-6 interviews sur un festival, il faut être cohérent sur les réponses, parce qu’autrement l’information sera dans certains médias, et non dans d’autres, ça ne va peut-être pas leur plaire. Souvent on me dit « On a vu ça, on a vu ça, on a pas aimé. Vous l’avez dit ou pas ? Pourquoi vous l’avez dit ? ». Je pense que les techniques de l’interview, c’est de savoir que les éléments qu’on va donner vont être utilisés dans des articles et qu’il faut savoir ce qu’on dit pour ne pas être surpris, ne pas être déçus, puis pour ne pas être énervés par des points d’informations qu’ils ont donné.
Francos Reporters : Tu conseilles quoi aux artistes pour gérer leur stress ?
Michel Troadec : Justement, d’avoir un peu travailler les interviews pour ne pas être surpris. On est souvent stressé avant, parce qu’on ne connaît pas, parce qu’on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. Imaginons qu’il y a une chanson qui passe à la radio, il va rencontrer des journalistes qui ont de l’expérience, qui vont avoir des techniques pour les amener où ils veulent. C’est à l’artiste de savoir contrôler ce qu’il a envie de dire, et de pas être décontenancé quand une question va arriver et que celle-ci ne lui plaît pas.
Francos Reporters : Merci beaucoup d’avoir répondu à cette interview et pour toutes ces informations.
Michel Troadec : Je vous en prie.
Par Léo. Photo : Sakiné
